
Arts et métiers
en Chine au XVIIe siècle
Exploitation du sel

Zuoxian 作咸. Song Yingxing, Tiangong kaiwu 天工开物, Tu Shaokui, 1637, vol. 1, chap. 5.
Description générale
La section est tirée du cinquième chapitre du premier volume zuoxian作咸. Ce chapitre consacré à l’exploitation du sel est accompagné d’un commentaire général et est divisé selon les lieux de production, à savoir le sel de mer, le sel des étangs, le sel de puits, le sel de terre et le sel de falaise.
Espace
Le lieu de production est révélé dans l’ensemble de l’image par un espace entouré de murs. Pourtant, l’illustration seule ne permet pas de saisir l’utilité de cet enclos. Ce n’est qu’avec le texte explicatif que l’on comprend que ces murs sont destinés à la protection de la production. Selon Stanislas Julien, « ces lacs sont entourés de murs et des lois très sévères en interdisant la libre exploitation, qui est cependant accordée à quelques industriels au prix d'une redevance assez considérable. »[1]
Au centre de l’image on trouve la représentation d’un lac, auprès duquel sont labourées des sillons, qui sont désignés par des longs traits. Le texte précise que l’eau du lac est salée et verte foncé là où elle est profonde. Le dessin est incapable de représenter la couleur, mais il montre les petites collines de sel séché par les courts traits courbes annotés de 盐池 (les bassins de sel).
[1] Julien Stanislas, Champion Paul, Industries anciennes et modernes de l'empire chinois : d'après des notices traduites du chinois, Paris, 1869, p.16.
Acteurs
L’exploitation du sel a pour acteurs les sauniers et les bœufs. L’animal n’est pas mentionné dans le texte mais on le distingue dans l’image tractant une charrue, suivie d’un homme indiquant la direction pour labourer la terre. On identifie aussi dans la partie supérieure de l’image deux figures avec chacun un balai tenu à deux mains. La mise en correspondance avec le texte permet de déduire qu’il s’agit de deux sauniers en train de balayer du sel. Par rapport au texte, le dessin a l’avantage d’éclaircir les détails : le positionnement des mains (une main en haut et l’autre au milieu du balai), l’attitude corporelle (partie supérieure du corps courbée), et l’habit des sauniers (les pantalons troussés et le chapeau chinois) qui nous montrent des aspects sociaux et techniques de ce travail.
Matériaux
Selon le texte, le sel est un produit naturel que l’on extrait des lacs salés de deux régions : Ningxia宁夏 et Xiechi谢池. Le sel produit à Ningxia est destiné à la consommation des régions éloignées sur la frontière du nord, et celui de Xiechi谢池 à la consommation des districts de Shanxi et de Henan.[2]
[2] 凡池盐,宇内有二,一出宁夏,供食边镇;一出山西解池,供晋、豫诸郡县。解池界安邑、猗氏、临晋之间,其池外有城堞,周遭禁御。Song Yingxing, Tiangong Kaiwu, 1637, vol. 1, chap. 5
Opérations
La représentation spatio-temporelle du dessin témoigne d’une volonté d’illustrer un savoir technique en montrant l’intégralité de la chaîne opératoire.
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Conduite de l’eau : La première opération 引水入畦 consiste à labourer les terres à côté du lac et à conduire les eaux salées dans des bassins. Le texte précise en plus les précautions à prendre et les détails que l’image a du mal à représenter : il faut prévenir l’eau trouble pour que les veines de sel ne s’envasent pas. On a soin de les faire arriver dans ces réservoirs au commencement du printemps. Les eaux prennent une nuance rouge s’il est trop tard.
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Séchage : La deuxième opération est plus naturelle qu’humaine. Comme le texte l’explique, lorsque le vent du sud souffle fort en fin d’été et au début de l’automne, le sel cristallise pendant la nuit. Sur le dessin, à cause de la difficulté de représenter une force naturelle de manière explicite, cette étape naturelle n’est pas symbolisées par les signes graphiques mais est seulement annotée de 南风结熟, qui indique que le vent du sud sèche le produit.
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Collecte : Selon le texte, l’opération finale consiste à recueillir le sel quand les marais salants sont entièrement desséchés. Le dessin montre en parallèle cette étape avec deux acteurs en position de balayer le sol.
A la fin du texte, en raison de l’analogie des opérations, l’auteur compare par ailleurs ce procédé avec l’exploitation du sel dans deux régions côtières : Haifeng 海丰 et Shenzhou 深州. Dans ces contrées, on creuse des bassins salants sur le bord de la mer, mais la cristallisation du produit ne nécessite pas l’action du vent d’été. La période de cristallisation est également différente.
Objet fini
Selon le texte, le produit final est un sel granuleux. On le désigne sous le nom de gros sel pour le distinguer du produit pulvérulent que l’on extrait des eaux de la mer. La considération économique du produit est également mentionné : « Une pierre (environ 75 kg aujourd’hui) de sel remise au gouvernement ne vaut que quelques dizaines de pièces. »
