
Cartographie du Brise-lames de Bocagrande au XVIIIe siècle
Carthagène des Indes
A travers les différentes sources analysées, il a été observé qu'il existait différents modes de représentation en fonction des besoins d'approbation du projet, ou pour montrer l'avancement des travaux et les techniques utilisées. Ainsi, les premières cartes sont très détaillées dans les mesures et la description de chaque technique car il s'agissait des projets soumis à approbation. Par la suite, pendant la construction de l'ouvrage, les cartes cherchent à mettre davantage l'accent sur la relation entre les différentes techniques utilisées et la représentation graphique, l'utilisation de plans et de profils et leur référencement dans la carte générale étant fréquente. Enfin, les deux dernières cartes présentent une simplification des techniques, les réduisant à deux images de profil et à la localisation de l'ouvrage par rapport à la ville fortifiée.
En ce qui concerne l'espace la première carte (1756, Solís) cherche principalement à représenter la technique sans qu'il y ait une localisation précise l'emplacement de l'ouvrage. Cette lacune est corrigée dans la carte suivante, où la représentation de la technique perd de l’importance au profit de la représentation de l'emplacement (1757). Par la suite, l'ingénieur Antonio de Arévalo montre dans toutes ses cartes à la fois les techniques et l'emplacement de l'ouvrage. Certaines cartes montrent le territoire de manière générale, tandis que d'autres se concentrent sur des détails tels que le type de fond marin, les marées, le littoral, l'emplacement des sources de matières premières, les campements d'ouvriers, les autres travaux de brise-lames à réaliser, les fortifications, entre autres choses.
L'échelle des représentations est généralement centrée sur l'ouvrage, allant du secteur actuellement connu sous le nom de Laguito jusqu'à la pointe nord de l'île de Tierrabomba. Cependant, sur des cartes comme celle de 1769, on trouve une représentation plus générale de la baie de Carthagène, et sur les cartes à partir de 1777, des représentations à différentes échelles sont incluses, allant de la pointe de l'île de Tierrabomba jusqu'à la ville fortifiée.
Les acteurs ne sont pas mentionnés. Ce n'est que dans les cartes d'Arévalo de 1777 et 1778 que certains métiers liés à la construction du brise-lames sont mentionnés indirectement à travers le camp d'ouvriers composé d'une menuiserie, de mezzanines, de logements pour le personnel, d'un parc, d'une chapelle, d'un quai et d'autres structures pouvant correspondre à des lieux d'habitation.
En ce qui concerne les matériaux, du bois, des pierres et des cordes ont été utilisés tout au long de la construction du brise-lames. Le niveau de détail de la description de chaque matériau varie d'une carte à l'autre. Sur certaines d'entre elles, le type de bois utilisé, ses dimensions et les différentes formes sous lesquelles il est utilisé (les pieux, les planches, les cales, les caissons) sont mentionnés. De même, dans certaines représentations cartographiques, les différentes tailles de pierres ainsi que leur poids auxquels on associe des fonctions sont mentionnées, et les carrières d'où elles sont extraites. D'autres matériaux sont également mentionnés pour le calfeutrage des caissons ou l’assemblage des pièces.
Les opérations ne sont décrites ni dans les textes ni dans les représentations graphiques. Toutefois, il convient de noter que dans des cartes comme celle de 1778, Arévalo mentionne la durée des travaux et fait une distinction entre les sections déjà achevées et celles qui restent à achever.
L'objet final est le brise-lames de Bocagrande, dont les techniques et les formes varient en fonction de son emplacement et des conditions du terrain. Ainsi, dans les premières approches, les ingénieurs militaires ont essayé de construire le brise-lames au moyen de caissons fermés remplis de pierres. Cependant, les cartes les plus récentes montrent la création de structures en bois remplies de pierres, des plus grandes aux plus petites.